Dalles
Dalle sur terre-plein : hérisson, polyane et ferraillage

Une dalle sur terre-plein paraît simple une fois posée : une surface plane, uniforme, prête à recevoir un carrelage ou un revêtement. Ce qui se joue en dessous, avant le coulage, détermine pourtant si cette dalle tiendra sèche et stable pendant des décennies ou si elle transmettra l'humidité du sol à tout ce qui repose dessus.
Le hérisson, première couche posée sur le sol nu
Le hérisson est une couche de graviers ou de matériaux drainants, compactée directement sur le sol terrassé. Son rôle est double. D'une part, il répartit les charges de la dalle sur une assise stable et homogène, en particulier quand le sol naturel présente des irrégularités de portance. D'autre part, il crée une rupture de capillarité : l'eau du sol ne peut plus remonter par simple capillarité à travers cette couche de gros grains, contrairement à ce qui se produirait sur un sol fin resté en contact direct avec le béton.
L'épaisseur et la granulométrie du hérisson se choisissent selon la nature du sol rencontré et l'usage prévu de la dalle. Sur un sol argileux comme on en trouve fréquemment dans la plaine de Bresse, cette couche de rupture prend une importance particulière, l'argile retenant l'humidité plus longtemps qu'un sol sableux.
Le film polyane, la barrière contre la vapeur d'eau
Au-dessus du hérisson vient le film polyane, une membrane plastique étanche posée à plat, avec des recouvrements suffisants entre les lés pour ne laisser aucun passage. Ce film bloque la migration de la vapeur d'eau qui continue de circuler dans le sol même après la pose du hérisson.

Sans cette barrière, l'humidité résiduelle du sol traverse lentement le béton par diffusion et peut ressortir en surface bien après le séchage apparent de la dalle, ce qui pose problème pour tout revêtement collé ou sensible à l'humidité résiduelle. Le film polyane est un élément discret du chantier, posé en une demi-journée, mais son absence se découvre parfois des mois plus tard, sous forme de cloques dans un revêtement de sol.
Le ferraillage, une question de charge et de retrait
Le ferraillage d'une dalle, le plus souvent un treillis soudé posé sur des cales pour rester dans l'épaisseur du béton, répond à deux besoins distincts. Le premier est mécanique, reprendre les efforts de traction que le béton seul supporte mal, en particulier sous des charges concentrées ou roulantes. Le second concerne le retrait : le béton se rétracte légèrement en séchant, et une armature répartie limite la largeur des fissures de retrait qui apparaissent presque toujours, même sur une dalle bien formulée.
Une dalle de terrasse simple, peu sollicitée, peut se contenter d'un ferraillage léger. Une dalle de garage, appelée à porter le poids d'un véhicule, se dimensionne différemment. C'est un calcul qui dépend du sol, de la portée et de l'usage, jamais une règle qui se généralise d'un chantier à l'autre.
Ce qui se passe quand une couche manque
Les désordres liés à une couche manquante n'apparaissent presque jamais immédiatement. Un hérisson insuffisant ou absent peut laisser une dalle se comporter normalement pendant plusieurs mois, avant qu'un tassement localisé du sol support ne se traduise par une légère déformation de la surface, parfois juste perceptible au fil d'un liquide renversé qui ne s'écoule plus tout à fait droit. Un film polyane mal posé, avec des recouvrements insuffisants entre les lés, peut laisser passer l'humidité sur une bande étroite seulement, ce qui retarde d'autant le moment où le désordre devient visible en surface, sous la forme d'une auréole ou d'un revêtement qui se décolle localement.
Cette absence de symptôme immédiat explique en partie pourquoi ces couches sont parfois négligées sur un chantier mal suivi : rien ne sanctionne l'omission au moment de la pose, la sanction vient plus tard, une fois la dalle en usage depuis longtemps, à un moment où la reprise impose de déposer le revêtement, voire la dalle elle-même selon l'ampleur du désordre constaté.
Trois couches, un seul objectif
Hérisson, film polyane et ferraillage ne sont pas des options qu'on ajoute ou qu'on retire selon le budget disponible : chacun répond à un problème différent, remontée d'humidité par capillarité, migration de vapeur d'eau, tenue mécanique et retrait. Sauter l'une des trois ne fait pas disparaître le problème qu'elle traite, elle le déplace simplement dans le temps, sous forme d'un désordre qui apparaît une fois la dalle en usage.



